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mardi 24 octobre 2017

Le laboratoire d'écriture : L'atmosphère d'un lieu #MardiConseil

Les personnages d'une histoire évoluent dans un environnement et l'écrivain doit retranscrire l'atmosphère qui en résulte, ainsi qu'en décrire les détails. Etonnament, ce ne sont pas les descriptions les plus précises qui sont les plus efficaces parfois. Une simple suggestion peut agir en profondeur sur l'esprit du lecteur et lui laisser le sentiment de connaître un endroit. Par exemple, la maison où est née Marguerite Yourcenar est décrite toute en surface. On comprend pourtant que c'était une maison simple et traditionnelle dans sa conception.

La maison où se passait cet évènement, puisque toute naissance en est un pour le père et la mère et quelques personnes qui leur tiennent de près, se trouvait située au numéro 193 de l'avenue Louise, et a disparu il y a une quinzaine d'années, dévorée par un building. (Marguerite Yourcenar, Souvenirs pieux)

Le style peut aussi être plus imagé et nous conduire ainsi à une description plus précise. Un bon écrivain sait changer sa manière de décrire les choses en fonction de l'intention qu'il souhaite mettre en oeuvre dans le texte. Toujours dans le même ouvrage, une autre description, d'un tout autre style :

La route est la même que celle du matin, mais la froide et venteuse fin de journée semble avoir changé le paysage. Les arbres, tantôt si beaux sous leur parure d'or, ne sont plus que des mendiants à qui la bise qui souffle maintenant par saccades arrache leurs derniers haillons. L'ombre des nuages assombrit les champs. (Marguerite Yourcenar, Souvenirs pieux)

La description peut être réalisée par le héros plutôt que par un narrateur extérieur. Il n'y a pas de règle. Seule l'intention compte. Le sentiment d'être pris au piège par un personnage est exacerbé par sa vision des lieux.

Il n'y avait pas de porte donnant sur l'extérieur. J'étais enfermé comme une abeille dans un coffre-fort. Par la fenêtre, je ne voyais que d'épais barreaux de fer et le reflet dans les vitres de ma propre silhouette. Un petit escalier raide menait à une soupente où je ne trouvai qu'un vieux lit de fer et quelques malles de bouquins ; c'est tout ce qui restait des paradis artificiels, c'était toute la réalité matérielle de cette fantasmagorie. Là aussi, la lucarne était solidement grillagée. Dehors, il faisait nuit noire. (René Daumal, La grande beuverie)

La description d'un lieu, outre l'atmosphère donnée à une histoire, est un bon moyen d'emmener le lecteur plus loin dans ses rêves. Cela ralentit le rythme de la lecture sans que le récit n'en patisse réellement si on intègre des éléments qui attisent la curiosité du lecteur (qu'on rassasiera plus tard) ou qui répondent à des questions qu'on aura préalablement déposées (discrètement) dans l'esprit du lecteur...

Bonne écriture!

Romain

mardi 3 octobre 2017

Le laboratoire d'écriture : description d'un personnage #MardiConseil

Il est important pour un lecteur de se faire une idée précise des personnages. La manière dont le romancier va les décrire est très importante. Les éléments physiques peuvent tout aussi bien traduire des éléments de personnalité du personnage. Il est possible également de choisir une situation qui le montrera tel qu'on le percevra tout au long de l'histoire. Ainsi, dans Madame Bovary, Flaubert choisit de nous décrire Charles Bovary comme étant jeune et déjà gauche... Il est immédiatement ridicule comme nous l'apprend cette première description faite dans le premier chapitre du livre :

Resté dans l’angle, derrière la porte, si bien qu’on l’apercevait à peine, le nouveau était un gars de la campagne, d’une quinzaine d’années environ, et plus haut de taille qu’aucun de nous tous. Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village, l’air raisonnable et fort embarrassé. Quoiqu’il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures et laissait voir, par la fente des parements, des poignets rouges habitués à être nus. Ses jambes, en bas bleus, sortaient d’un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles. Il était chaussé de souliers forts, mal cirés, garnis de clous.

Flaubert, Madame Bovary

On se rend compte que Charles est habillé d'une tenue bigarrée qui le rend ridicule... En plus, il est dans des vêtements visiblement trop petits pour lui, ce qui ajoute à sa singularité compte tenu de sa grande taille par rapport à ses camarades de classe... Sa coiffure, bien propre et bien taillée pour l'occasion, lui donne un air bête... Et c'est ainsi que le lecteur prend conscience que ce Charles Bovary va devoir se battre tout au long du roman pour être à la hauteur.

Dans un autre style, Balzac est réputé pour ses longues descriptions des environnements de vie. Ce n'est pas anodin. Il y a derrière cette attitude littéraire la volonté d'informer le lecteur sur la psychologie des personnages. Ainsi, dans le père Goriot, il décrit la maîtresse de la pension de cette manière :

Bientôt la veuve se montre, attifée de son bonnet de tulle sous lequel pend un tour de faux cheveux mal mis, elle marche en traînassant ses pantoufles grimacées. Sa face vieillotte, grassouillette, du milieu de laquelle sort un nez à bec de perroquet ; ses petites mains potelées, sa personne dodue comme un rat d’église, son corsage trop plein et qui flotte, sont en harmonie avec cette salle où suinte le malheur, où s’est blottie la spéculation, et dont madame Vauquer respire l’air chaudement fétide sans en être écœurée. Sa figure fraîche comme une première gelée d’automne, ses yeux ridés, dont l’expression passe du sourire prescrit aux danseuses à l’amer renfrognement de l’escompteur, enfin toute sa personne explique la pension, comme la pension implique sa personne.

Balzac, Le père Goriot

En quelques lignes, il nous montre à quel point cette femme est sèche d'émotions et de sentiments au plus profond d'elle. Sa corpulence suggère, non pas de l'appétit pour la vie, mais plutôt le profit. Elle profite. Elle est comme une sangsue pour ses pensionnaires. La pension Vauquer, lieu du drame, est un lieu qui ne rayonne pas de vie. Par la description de madame Vauquer, on sait que les pensionnaires sont au purgatoire, ce lieu entre le paradis et l'enfer. Ses yeux ridés traduisent tout son registre d'émotion, passant du sourire hypocrite à la rigueur du créancier qui recompte son argent. La clé nous est donnée directement : toute sa personne explique la pension, comme la pension implique sa personne.

A travers ces deux exemples, vous avez la possibilité de détailler deux visions de la description d'un personnage. D'une part, l'aspect extérieur (Charles Bovary décrit par ses vêtements) donne des indications sur ce que sera le futur du personnage, ainsi que les aspects de sa personnalité avec lesquels il devra se battre. D'autre part, l'aspect physique du corps (madame Vauquer et son petit côté dodue) traduit la manière d'être dans sa vie et une partie de sa personnalité.

Dans tous les cas, vous constatez qu'une bonne description d'un personnage se doit d'être en cohérence avec le reste de son histoire et de son environnement. A défaut, le lecteur ne se laissera pas prendre...

Romain

lundi 2 octobre 2017

Derek Magenzdorf est le ponte de la poésie mendigote #MotDisparu

Toujours décalé dans son écriture, Franck Leduc, dans son roman Nègre de mendiants, nous narre l'histoire de Derek Magenzdorf... Ce dernier est à la tête d'une bande de clochards professionnels et exploite le business de la poésie mendigote... Mendigote me demandez-vous ? Il s'agit de l'adjectif tiré du même substantif signifiant "nécessiteux, mendiant, clochard". Ce terme était plutôt utilisé au début du vingtième siècle, mais il semble être tombé en désuétude depuis... contrairement à la misère qu'il qualifie.

Nous attendons donc avec impatience vos phrases, paragraphes, textes, nouvelles, romans ou sagas utilisant ce terme. Vous pouvez les mettre soit en commentaire sous ce billet, soit en mettant le lien vers la page de votre site internet ou de votre blog où vous avez rédigé le texte.

Cette semaine, racontez-nous comment vous avez réussi à placer l'adjectif mendigot dans vos conversations courantes (ou vos tweets)... et surtout, envoyez-nous tous les termes surannés rencontrés que vous souhaitez voir apparaître dans cette rubrique!

L'équipe des Editions Secrètes

mardi 12 septembre 2017

Le laboratoire d'écriture : conserver des idées et les faire évoluer #MardiConseil

Trouver une idée intéressante à développer en roman se produit de temps en temps... pour peu qu'on parte à sa recherche. Néanmoins, la retenir et la développer, ce n'est pas toujours chose facile. En effet, lorsque nous sommes occupés à travailler et que l'inspiration vient, impossible d'utiliser cet étincelle qui vient de jaillir! Nous sommes en déplacement et rien pour écrire, nous voici en train de rêvasser à ces différents développements... A refaçonner, refabriquer le scénario et les personnages et puis on arrive à bon port. On retrouve sa vie qu'on avait mise entre parenthèses quelques temps, le temps d'une rêverie, et tout défile à nouveau. Le soir, on s'aperçoit avec dépit que ce magnifique roman est flou dans notre mémoire et qu'il n'en reste que quelques bribes dans le meilleur des cas, voire que tout est oublié!

Pour remédier à ces difficultés, il faut prendre des notes. On ne peut pas se promener toute la journée avec son ordinateur portable sous le bras. Comment faire ? Deux outils très simples sont indispensables : un crayon et un petit carnet. Ainsi, vous pourrez prendre des notes à n'importe quel moment de la journée. Le premier avantage est bien sûr d'avoir une mémoire efficace. Le second, et non des moindres, c'est que les idées, qui vous auront paru extraordinaires au moment où elles auront germé, pourront être réévaluées à l'aune d'un esprit clair. Parfois, vous verrez qu'il faut les abandonner. Le troisième avantage, c'est d'avoir la possibilité de combiner les idées de second rang... Celles qui ne sont pas assez bonnes pour faire un roman mais qui sont suffisamment intéressantes pour faire une scène. Avec un petit carnet à portée de main, vous vous offrez la possibilité d'avoir de l'inspiration quand justement cette dernière vous a abandonné.

Le mythe de l'écrivain qui se met à sa table et qui écrit d'un seul jet un roman a vécu. Aujourd'hui, les prises de notes et les recherches sont les méthodes de travail de ceux qui réussissent. Dans notre monde où tout va vite, seul un petit carnet vous permettra de conserver à bout de crayon les idées qui n'attendront pas que vous soyez à votre table de travail pour venir vous visiter... Par ailleurs, lorsque vous observerez votre environnement, vous pourrez noter une attitude corporelle, une phrase entendue dans la rue ou encore une scène qui vient de se dérouler devant vous. Ces petits éléments vous permettront d'ajouter à votre récit des éléments de réalité.

Soyez constructif et faites du petit carnet votre compagnon inséparable.

Romain

mardi 22 août 2017

Balzac offert! #RaysDay #MardiConseil

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Pour le Ray's Day, nous offrons les 3 nouvelles de Balzac suivantes :

  • L'Elixir de longue vie ;
  • Le chef d'oeuvre inconnu ;
  • Un drame au bord de la mer ;

avec une préface et une postface de Romain Boucq. Cette offre spéciale de gratuité est spécifique pour le 22 août 2017.

Bookeen : http://bit.ly/1hRnB3f
Kobo : http://bit.ly/1hQXLMF
Amazon : http://amzn.to/1NtHTww

L'année prochaine, nous participerons à nouveau!

L'équipe

mardi 20 juin 2017

"Le petit marchand de sourires" de Jean-François Joubert #Chronique

Titre Le petit marchand de sourires
Auteur Jean-François Joubert

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Olivier, 10 ans, est atteint de la progeria, cette maladie qui fait vieillir le corps plus vite que l'âme. L'espace d'un instant, le petit garçon et ses parents, unis comme jamais, nous invitent dans un dialogue où se mêlent l'innocence, les rires, les peurs et les rêves.

Ce texte est vibrant d'émotions, tout en délicatesse, la poésie de l'enfance survolant le drame de l'existence.

Rédigé magistralement, à aucun moment l'auteur ne cède à la facilité du sensationnel. Au contraire, il signe, avec cet ouvrage, un texte à la fois poétique et respectueux. Ce petit garçon, Olivier, nous transmet, avec toute cette charmante maladresse de l'enfance, un message d'espoir qui n'est rien d'autre qu'une ode à la vie.

Bonne lecture!

Romain

En version brochée (ISBN : 978-2-37446-007-9) au prix de 8,00 euros TTC, sur commande, dans toutes les librairies de France, Belgique, Suisse, Luxembourg et Canada.

En version numérique au prix de 2,99 euros sur

jeudi 15 juin 2017

Citation du jeudi #citation

“Je crois aussi que sans ce doute premier du geste vers l’écriture il n’y a pas de solitude.” Marguerite Duras #citation

jeudi 25 mai 2017

Citation du jeudi #Citation

"Quand j’écris, je veux faire de la peinture et de la musique en même temps, et ça donne de la littérature." Michel Butor #Citation

jeudi 6 avril 2017

Citation du jeudi #Citation

"L'absurde, c'est la raison lucide qui constate ses limites." Albert Camus #Citation

vendredi 17 mars 2017

"Pompes funèbres et couches-culottes" - Fred Esterel

Pompes funèbres et couches-culottes - Fred Esterel

Qui a dit que seules les mamans se préparaient pour l'arrivée de bébé ?

Dans ce roman à l'humour décapant, Fred Esterel dévoila ici ce que les parents pensent tout bas.

Entre le choix de la nounou, des petits pots et des couches, Pierre doit également faire face aux lourdes responsabilités des papas : première couche, premier biberon sous le regard acéré d'expertes. Et ce n'est pas son ami et collègue Thibault qui va lui prêter main forte.

Entre humour et tendresse, vivez la paternité.

Un livre à lire/découvrir absolument !

En vente dès aujourd'hui sur:

Bookeen
7switch
Kobo
Amazon

Et bien d'autres encore!

Illustration: François Boucq

ISBN: 978-2-37446-033-8

Date de publication numérique: 17 mars 2017

Prix numérique: 3,99 €

Prochainement disponible en version brochée

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