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mardi 5 mai 2015

"Cosmos" de Witold Gombrowicz

Auteur: Witold Gombrowicz

Éditeur: Folio

"Il y a quelque chose dans la conscience qui en fait un piège pour elle-même", Witold Gombrowicz.

Deux solutions : soit vous avez envie de décortiquer ce que peut signifier cette phrase, soit vous passez votre chemin. Si vous avez envie de continuer, alors laissez en dehors du livre tout ce que vous connaissiez. Vous entrez dans un autre univers, bienvenue dans "Cosmos".

Tout de suite, je vous l'avoue, c'est mon livre de chevet, j'ai dû le lire à peu près une dizaine de fois. J'en ai lu toute l'œuvre de Gombrowicz (romans, journal, pièce de théâtre, cours de philosophie...). Je n'ai pas retrouvé l'éclat qui illumine ce livre (du début jusqu'à la fin) dans aucune autre de ses œuvres. Seul, le roman "la Pornographie" rivalise vraiment.

Tout d'abord, il s'agit d'un livre policier. Les personnages mènent l'enquête. Les indices sont étranges. Le cheminement de pensée est troublant, les rebondissements sont multiples et toujours inattendus, la fin est brillantissime. Voilà l'ouvrage résumé en quelques mots. En dire plus, c'est vous priver du plaisir de le découvrir.

Ce livre, pour l'avoir offert à quasiment toutes les personnes qui m'entourent (je dois acheter ce livre 3 fois par an environ depuis une dizaine d'années), ne fait pas l'unanimité. Pourquoi ?

D'abord, il est premier dans le genre "inclassable". Les règles de la réalité sont respectées (gravitation, on ne traverse pas les murs, pas de vampire, pas d'effets spéciaux). Vous n'y trouverez pas de science fiction, pas de fantastique, pas d'heroic fantasy: l'action se situe en Pologne au début du siècle. On s'attend donc à trouver un livre "classique", qui réalise éventuellement une critique sociale ou donne un témoignage historique. Pas de ça ici, on explore comment fonctionne le cerveau humain. C'est donc un livre universel, mais qui ne dévoile jamais ostensiblement ses intentions. On explore le Cosmos, d'accord, mais humblement s'il vous plaît...

Ensuite, il s'agit d'un livre subjectif, c'est-à-dire qui explore la subjectivité des personnages jusqu'à la caricature. Ils ont parfois des comportements de "fous", mais pendant le déroulement du livre, on accompagne progressivement les personnages dans cette découverte du monde donc on se laisse emporter sans s'en rendre compte. Il faut se mettre dedans et le lire "rapidement" (en moins de dix jours). Il est relativement court, ce qui fait qu'en six heures il peut être fini.

Il faut tout accepter : certaines scènes peuvent être choquantes, pas tant par la description que par les implications psychologiques pour les personnages. Ce n'est pas un livre d'horreur, il n'y a pas vraiment un suspens (ou une peur) qui monte, même s'il y a indéniablement une forme d'intérêt qui croît tout le long du livre (du suspens en fait, mais pas au sens traditionnellement entendu).

Enfin, il faut se résigner à partir en voyage dans un livre construit à l'envers, où TOUT est possible, quitte à ne pas respecter les codes traditionnels de ce qu'est un livre. C'est incroyable, mais ça marche.

Ceux qui aiment les histoires linéaires du type : "intrigue - recherche d'indices - confrontation - résolution" seront probablement déçus. Gombrowicz n'a rien fait d'autre que de réinventer la roue avec ce roman, mais, bien qu'elle ne soit pas ronde, elle roule. Perplexe ? Moi aussi. C'est pourquoi je continuerai à relire ce roman. Avec plaisir.

Pour clore, je dirai que ce livre est une démonstration de ce que pourrait être l'existentialisme poussé à l'extrême. Ce livre ressemble à de la folie à l'état pur, maîtrisé par Gombrowicz, ça touche le sublime.

Pour ceux qui ont un goût pour l'écriture, ce livre est un modèle et ouvre des portes sur l'écriture comme aucun autre. Je n'ai jamais rencontré un livre équivalent à celui-ci.

Pour faire court, lisez-le.

Romain