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lundi 10 octobre 2016

Faire vivre les langues anciennes réduit les risques d'apédeutisme ! #MotDisparu

Bien des raisons conduisent à apprendre ces langues anciennes, dont toute la culture rayonne encore dans notre société actuelle. Supprimer l'étude de ces langues disparues, c'est ouvrir la porte à la perte d'une identité culturelle importante de notre monde actuel.

Des milliers de papyrus ont été récemment découverts, rédigés en grande partie en langue ancienne grecque. Cela signifie que de nombreuses choses sont encore à découvrir sur les civilisations antiques qui sont, encore aujourd'hui, des exemples à étudier. Pourquoi s'intéresser à ces "vieilleries" pourrait-on se demander ? Tout simplement parce que les problématiques antiques sont proches de nos problèmes de société. Par exemple, le texte que Lysias nous transmet concernant l'infirme auquel il était contesté une pension civile reste d'une brûlante actualité au moment où les débats existent, dans notre société, concernant les aides sociales.

L'étude des civilisations antiques mène également à s'interroger sur notre histoire et à s'ouvrir à tout type de cultures. Ainsi, la civilisation Khmer, très connue du fait de sa grande cité Angkor, semble avoir disparu en raison de l'épuisement écologique des ressources autour de sa cité, après en avoir fait une surexploitation massive, ce qui nous donne à réfléchir compte tenu du mode de consommation de notre société.

Ainsi, aujourd'hui, nous revenons à ce mot : l'apédeutisme. Il provient des racines grecques παιδεύω (paideo), qui signifie initialement "éduquer un enfant" et qui, par extension, est devenu "instruire" ou "former", et du privatif α. Pour lutter contre l'apédeutisme (l'ignorance) qui guette notre société toujours à la recherche de compétences "utiles" plutôt que celles moins "efficaces" sur un strict plan économique, mais plus "efficientes" pour la réflexion de l'individu, il nous appartient à tous de savoir transmettre le goût de ces humanités anciennes à notre entourage.

Une fois n'est pas coutume, nous vous invitons à écouter le podcast de France Culture sur l'émission "Faire vivre les langues mortes".

L'équipe des éditions secrètes

mardi 4 octobre 2016

"Boule de Suif" de Guy de Maupassant #chronique #MardiConseil

Titre : Boule de Suif

Auteur : Guy de Maupassant

1870, en pleine guerre prussienne. Dix personnes fuient la ville de Rouen, prise d'assaut par les soldats prussiens. Elisabeth Rousset, prostituée nommée "Boule-de-Suif" à cause de son embonpoint, donne de sa personne pour sauver les autres voyageurs lors de leur périple. Jusque-là me direz-vous, rien d'extraordinaire, et pourtant! Bien que de riches personnes voyagent dans cette diligence, seule la bonté d'Elisabeth les sauvera!

Dans la lignée de l'excellente Comédie Humaine de Balzac, Maupassant ne manque pas d’ingéniosité pour brosser un portait de ses contemporains et de l'humanité en général. Chaque personne présente dans ce carrosse représente un milieu social bien défini. Le huit-clos de la diligence fait ressortir le côté sombre des bourgeois présents : l'hypocrisie, la cupidité et les préjugés.

Dans un style limpide et juste, l'auteur grossit les traits de la bassesse humaine. L'amour, la morale et la décence de l'époque dans le milieu bourgeois sont tout aussi bien décrits. Symbole de l'immoralité, "Boule-de-Suif" est aux antipodes de ce qu'elle est censée représenter dans la société. Elle est à l'image de ses rondeurs : extrêmement généreuse. La respectabilité et la noblesse ne sont pas toujours là où on l'imagine, semble nous souffler Maupassant. Cependant, la noirceur de certains portraits ne doit pourtant pas masquer le côté ironique et jubilatoire de cette œuvre.

J'ai lu ce roman au lycée mais je n'avais pas encore un recul nécessaire pour comprendre certains éléments. J'ai pu à présent savourer cette œuvre qui, j'avoue, m'a fait réagir. En effet, bien que l'intrigue se situe au XIXe siècle, les thèmes abordés sont toujours d'actualité.

Je vous souhaite une bonne lecture !

Pauline

mardi 27 septembre 2016

"L'insoutenable légèreté de l'être" de Milan Kundera #chronique #MardiConseil

Titre L'insoutenable légèreté de l'être
Auteur Milan Kundera

Citation : "Pour qu'un amour soit inoubliable, il faut que les hasards s'y rejoignent dès le premier instant comme les oiseaux sur les épaules de saint François d'Assise."

"L'insoutenable légèreté de l'être" est un chef d’œuvre de la littérature contemporaine. Incontournable. Un moderne devenu classique. Non seulement il est mon livre de chevet depuis des années, mais il est également l'ouvrage que j'ai le plus offert dans ma vie.

Les raisons qui donnent à cet ouvrage ce rang majestueux dans le paysage littéraire tiennent à trois éléments :

  • une écriture fluide, simple et aérée;
  • une analyse profonde et originale des personnages;
  • une interaction avec la philosophie de Nietzsche et la musique de Beethoven;


Le thème principal de l'ouvrage est l'amour, dans sa réalité la plus complexe, sur le plan psychologique comme philosophique. Au travers des quatre personnages principaux, on étudie les différentes combinaisons amoureuses possibles :

  • L'homme volage qui tombe amoureux et tente de devenir fidèle;
  • La femme libre qui s'engage conventionnellement dans une relation amoureuse;
  • L'homme de la quarantaine qui découvre une femme "libre" et quitte son couple traditionnel;
  • L'amitié érotique;
  • La femme, fidèle et amoureuse, qui tente d'aimer un homme volage;


Ce qui rend ce roman incroyablement unique est son absence de linéarité et le fait que l'écrivain a un ostensible rôle de metteur en scène. Ce n'est pas une histoire que vous lisez de bout en bout. Ce sont plutôt des clichés photographiques qui, mis les uns à la suite des autres, vous permettent de reconstituer une image globale des personnages. L'écrivain, chef d'orchestre, vous prend par la main et vous explique - littéralement - les moments importants de leurs histoires. Remarque orthographique: il s'agit bien des histoires de chacun d'entre eux... Vous découvrirez en effet que l'absence de linéarité a cet avantage de pouvoir permettre de réécrire la vie (ou un morceau de celle-ci) de ces derniers dans le cours du roman. Outre une lecture agréable, ce livre offre une leçon d'écriture.

Inclassable parmi les inclassables, ce roman se dresse comme une montagne au sommet de laquelle Kundera nous regarde et nous sourit, avec sympathie. Toujours proche de vous, il est pourtant, en tout point, inatteignable. A (re)lire d'urgence!

Romain

mardi 6 septembre 2016

"L'écume des jours" de Boris Vian #Chronique #MardiConseil

Titre : L'écume des jours
Auteur : Boris Vian

Les boutiques des fleuristes n'ont jamais de rideaux de fer. Personne ne cherche à voler des fleurs.

Il existe des artistes hors normes et Boris Vian en fait indéniablement partie. Tout à la fois poète, écrivain, musicien, danseur... Il a développé des univers très particuliers dans ses oeuvres romanesques. "L'écume des jours" est un roman devenu classique, dont les personnages évoluent dans un univers surréaliste.

Même si l'univers est très fantaisiste, l'analyse des personnages et les ressorts d'une très belle histoire d'amour sont bien étudiés, ce qui a fait dire à Raymond Queneau que ce roman était le plus poignant des romans d'amour contemporains. Tout en sensibilité pour les personnages, Boris Vian nous raconte l'éclosion de l'histoire sentimentale entre Colin et Chloé. La fraîcheur de leurs sentiments, éclairés par des scènes extrêmement cocasses auxquelles ils restent relativement indifférents, est absolument bouleversante. Il y a un côté adolescent dans cet amour naissant, qui a conservé à l'ouvrage un caractère résolument moderne.

Ouvrage inclassable parmi les classiques de la littérature, pour rien au monde vous ne pouvez éviter de découvrir cet univers amusant où les pianos font des cocktails et les patineurs sont ramassés par des machines... Un roman frais, déconcertant, enlevé : de quoi garder l'esprit en vacances pour cette rentrée!

Je vous souhaite une agréable découverte!

Romain

jeudi 1 septembre 2016

Citation du jeudi #citation

"Personne ne sait encore si tout ne vit que pour mourir ou ne meurt que pour revivre." Marguerite Yourcenar #Citation

mardi 30 août 2016

"Anna, soror..." de Marguerite Yourcenar

Titre : Anna, soror...

Auteur : Marguerite Yourcenar

Personne ne sait encore si tout ne vit que pour mourir ou ne meurt que pour revivre.

Dans la haute noblesse de la Renaissance, rien ne laisse imaginer qu'un frère et une soeur s'aiment d'un amour autre que fraternel. Ils ont grandi ensemble dans leur cocon italien. Victime d'une fièvre, Valentine, leur mère, meurt. Miguel prend alors conscience qu'il aime sa soeur, Anna, d'un amour illégitime... Un amour violent.
Entre tensions morales et passionnelles, "Anna, soror..." nous raconte l'histoire d'amour interdite entre Miguel et Anna, frère et soeur.

Marguerite Yourcenar nous fait vivre la montée progressive de l’amour incestueux d’Anna et de Miguel. Prenant tour à tour la place des personnages, nous entrons progressivement dans leurs esprits jusqu'à en être possédés. Ils prennent vie chacun à leur manière. On ressent ainsi la chaleur napolitaine, la lourdeur religieuse et la lenteur du quotidien.

Dans ce magnifique petit roman, l'auteure nous livre une autre vision de la vie noble à la Renaissance et évoque également l'inceste, thème intemporel.

Son style pur est profond et émouvant. Les mots sont justes, les phrases limpides. D'ailleurs, le titre, "Anna, soror...", en est le parfait exemple. Une postface dans l'édition Folio, écrite de la main de Marguerite Yourcenar plusieurs années après, nous éclaire sur l'oeuvre et son contexte.

Je vous souhaite une agréable lecture!

Pauline

jeudi 11 août 2016

Citation du jeudi #citation

"Les coeurs des femmes sont comme ces petits meubles à secret, pleins de tiroirs emboîtés les uns dans les autres." Flaubert #Citation

mardi 9 août 2016

"Un coeur simple" de Gustave Flaubert #chronique

Titre : Un cœur simple

Auteur : Gustave Flaubert

Flaubert est connu pour faire des descriptions acides de ses personnages. Ainsi, "Madame Bovary" est un livre dans lequel il est difficile de trouver un passage sans qu'on n'y sente pointer l'ironie de l'écrivain. Avec "Bouvard et Pécuchet", on retrouve cette manière de se moquer du monde. On pourrait facilement se laisser piéger par l'idée que lire Flaubert conduit naturellement à regarder le monde avec un prisme particulier : la critique sociale par la moquerie.

Pour se détromper de cette idée fausse, "Un coeur simple" est parfait ! Il s'agit d'un conte agréable qui pourrait faire penser aux romans de George Sand. Les personnages sont bien travaillés et, pourtant, le récit est simple et se déroule comme si tout était évident. Flaubert aime ses personnages et on le remarque sans difficulté. Il y a bien une précision dans l'écriture de Flaubert qui fait mouche, quel que soit l'objectif avec lequel il écrit.

L'histoire est simple : la vie de Félicité, une simple servante, nous est narrée. Impossible de résister à ce personnage tendre et fragile. Elle compense par son cœur son manque d'instruction. Il est difficile de décrire s'il s'agit d'un livre triste ou gai. L'insouciance et l'ardeur de Félicité à se rendre "utile" pour son entourage sont comme des rayons de soleil qui percent en hiver. Une petite histoire à découvrir sans tarder pour faire connaissance avec une nouvelle facette de Flaubert... Et aussi pour réveiller nos émotions. Âmes sensibles, ce livre vous attend.

Romain

mardi 2 août 2016

"Le Dernier jour d'un condamné" de Victor Hugo #chronique

Titre : Le Dernier Jour d'un condamné

Auteur : Victor Hugo

« Condamné à mort! » Voici la première phrase de cet ouvrage. Nous voici immédiatement immergés dans l'atmosphère pesante des derniers jours de vie du condamné. On ne saura ni son nom, ni réellement son passé, d'ailleurs nous ne connaîtrons pas réellement les raisons de sa condamnation. Tout juste saurons-nous qu'il s'agit d'un jeune bourgeois plutôt cultivé. Son passé ne compte pas. Il n'a plus d'avenir.

Dans ce récit court et incisif, Victor Hugo nous fait partager, heure par heure, les moments ultimes de la vie de ce jeune garçon. Nous tremblons avec lui face à cette terreur : une mort inéluctable. Impuissants, nous souffrons avec lui de ne plus continuer à vivre. Et nous l'accompagnerons jusqu'au bout. A la fin du livre, l'émotion nous prend. Qui sommes-nous pour mettre fin à une vie ?

L'auteur réussit à nous insuffler la colère face à la situation. A l'origine de ce récit, c'est le combat de l'auteur contre la peine de mort. Hugo le dit dans son discours de 1848 devant l'Assemblée Nationale :

« Que voulez-vous enseigner avec votre exemple ? Qu'il ne faut pas tuer. Et comment enseignez-vous qu'il ne faut pas tuer ? En tuant. »

Pourtant, l'amendement a échoué. De nombreuses personnes ont poursuivi et poursuivent encore le combat de Hugo. La peine de mort n'a été interdite en France qu'en 1981 et elle sévit encore dans beaucoup d'autres pays. Certains sont même prêts à la remettre en pratique.

C'est un livre saisissant. Nous voyons l'envers du décor de l'époque : le Bicêtre, la Conciergerie, sans oublier les critiques sociales subtiles de l'auteur. La place de l'Hôtel de Ville de Paris ne sera plus la même : je penserai à sa première dénomination : la Place de Grève, celle-là même où la guillotine divertissait les personnes.

Bonne lecture!

Pauline

jeudi 14 juillet 2016

Citation du jeudi #citation

"Il est bien rare que le cœur mente ; mais on n'aime pas à l'écouter." Denis Diderot #Citation

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