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mardi 3 mai 2016

"Mémoires d'Hadrien" de Marguerite Yourcenar #chronique

Titre: « Mémoires d'Hadrien »
Auteur: Marguerite Yourcenar
Première publication : 1951

Marguerite Yourcenar est une auteure française qui était la première femme reçue à l'Académie Française. Elle était véritablement une humaniste, lisant couramment le grec ancien et le latin, défendait l'environnement et avait une profonde connaissance de ce qui constitue l'être d'un humain.

Le roman "Mémoires d'Hadrien" est l'ouvrage d'une vie. Commencé à l'âge de vingt et un ans, ce roman l'occupera, par intermittence, pendant presque trente années. Elle raconte que c'est dans une vieille malle qu'elle retrouve le manuscrit ébauché des années plus tôt... Elle avait oublié l'existence de ce projet littéraire et elle s'y remettra alors. Il y aura plusieurs versions avant qu'elle ne trouve le point de vue définitif : celui de l'empereur qui rédige une lettre.

Outre les grandes qualités littéraires du texte, on est pris de vertige pendant la lecture de cette longue confession de l'empereur Hadrien où sont repris les grands moments de son existence, ses réflexions à différents âges et les conclusions qu'il tire de cette vie bien remplie. L'ouvrage est si dense et si finement écrit qu'il est impossible de deviner qu'une femme du XXème siècle a pu écrire les confessions d'un empereur romain...

On se laisse bercer, d'anecdocte en anecdocte, par le flot continu de ce monologue méditatif. C'est exactement le genre d'ouvrage qui vous bouleverse et vous transforme. C'est une leçon d'écriture qui montre que l'écrivain est un acteur qui ne joue pas avec son corps, mais avec les mots. Loin de cette vision simpliste et caricaturale qui veut qu'un écrivain ne puisse écrire que ce qu'il est, Marguerite Yourcenar démontre qu'un grand auteur sait vivre mille personnalités distinctes.

Non seulement cet ouvrage est un incontournable de la littérature mondiale, mais il est de surcroît une méditation faite sur notre monde et nous permet de prendre, une fois le livre terminé, beaucoup de recul sur l'impermanence des civilisations.

A lire et à relire, sans fin!

Romain

mardi 19 avril 2016

"L'Amant" de Marguerite Duras #chronique

Titre:  « L'Amant »
Auteure: Marguerite Duras
Publication 1984

Parfois, la lecture d'un ouvrage se joue sur peu de chose, sur un détail. C'est exactement ce qui m'a donné l'envie de lire du Marguerite Duras. Une émission de radio, une discussion et puis cette visite dans ma librairie et choisir « L'Amant ».

Ecrivaine, dramaturge, scénariste et réalisatrice controversée, plusieurs fois récompensée, Marguerite Duras est connue pour ses romans dans lesquels elle bouscule les règles de la narration, déstructure le temps et l'action de ses ouvrages.

Dans « L'Amant », l'auteure nous dévoile la période la plus décisive de sa vie. Elle dira d'ailleurs elle-même : «tout ce que j’ai vécu après ne sert à rien». Il s'agit d'une autofiction ; l'écrivain mêle ses souvenirs et la fiction. Dans l'incipit, Marguerite Duras précise que les faits ne sont pas parfaitement fidèles à la réalité et en ça elle annonce qu'il ne s'agit pas d'une autobiographie fidèle. Certains éléments du récit sont donc inventés ou restent volontairement peu précis.

L'histoire se déroule lorsque Marguerite Duras a quinze ans et demi. Elle fera sa première expérience de femme avec son « amant de Cholen », un riche chinois. Attention, il ne faut pas croire que l'ouvrage se limite à cette seule expérience initiatique. C’est un livre traitant surtout des relations chaotiques entretenues entre tous les membres de sa famille et de la société des années 20 dans les colonies françaises.

C'est un ouvrage à la fois touchant et perturbant ; touchant parce que l'on y ressent une infinie tristesse et que l'on assiste à ses premières envies d'écrire ; perturbant, tout simplement parce les relations familiales et sociales apportent une étrangeté au récit, à sa vie.

J'ai débuté cet ouvrage sans autre information que celle de l'éditeur. J'ai été déroutée par ce style d'écriture. Au final, j'ai beaucoup aimé cette manière de raconter. Juste un dernier petit conseil : n'hésitez pas à lire à haute voix pour savourer et mieux comprendre le style de Marguerite Duras.

Bonne lecture!

Pauline

mardi 5 avril 2016

"Sinouhé l'égyptien" Mika Waltari #chronique

Titre: Sinouhé l'égyptien
Auteur: Mika Waltari
Publication: 1945

Mika Waltari est un écrivain majeur de Finlande. Il est l'auteur d'une oeuvre importante et variée, néanmoins c'est le roman "Sinouhé l'égyptien" qui lui donnera sa renommée internationale.

Cet ouvrage est un roman historique sur les mondes méditerranéens à l'époque d'Aménophis IV. Plongé dans le quatorzième siècle avant Jésus-Christ, le lecteur suivra le parcours d'un médecin égyptien qui traversera toutes les strates de la société d'alors et verra émerger sous ses yeux le culte d'Aton. Exerçant également la fonction d'espion pour le pharaon, il nous permet de découvrir de l'intérieur d'autres civilisations concurrentes de cette époque.

Outre les aspects historiques, maintes fois salués par les égyptologues, ce roman est d'abord une aventure passionnante qui mêle amour et aventure. Il s'agit d'un roman incroyable qui ne laissera pas les passionnés de l'Egypte indifférents.

A découvrir!

Romain

mardi 2 février 2016

"Les liaisons dangereuses", Choderlos de Laclos #chronique

Titre : Les liaisons dangereuses
Auteur : Choderlos de Laclos
Date de la première parution : 1782

Ce roman est considéré, de manière tout à fait justifiée, comme une œuvre majeure de la littérature française. Il a porté à son plus haut degré de perfection ce genre particulier qu'est le roman épistolaire. Les lettres échangées nous font suivre, avec un style propre à chacun des correspondants, les différentes péripéties de leurs histoires et manigances...

En effet, c'est bien de manigance qu'il faut parler ! Le Vicomte de Valmont et la Marquise de Merteuil sont, tous les deux, des grands manipulateurs qui jouent à un jeu pervers fait d'intrigues amoureuses. Une compétition destructrice va s'instaurer entre eux où l'orgueil et la vanité rivaliseront avec une méchanceté aveugle et sans pitié. Sur fond de passion amoureuse dans la noblesse française du XVIIIème siècle, ce roman est en fait une tragédie romanesque.

On se laisse emporter par la facilité de lecture de ces lettres qui ne dévoilent que, progressivement, le déroulement des faits. Cet ouvrage, admirablement composé et bien écrit, se laisse lire avec une facilité déconcertante. Happé par les caractères originaux des personnages, on souffre pour leurs victimes et on s'interroge sur des motivations passionnelles aussi égoïstes et déraisonnées.

Un classique à découvrir, sans aucun doute ! Bonne lecture !

Romain

mardi 19 janvier 2016

"Le Rouge et le Noir" de Stendhal #chronique

Titre : Le Rouge et le Noir
Auteur : Stendhal
Date de la première parution : 1830

"Le Rouge et le Noir" est un grand classique des romans français. C'est l'un des premiers "grands" ouvrages que j'ai lu - j'ai été immédiatement conquis. Plusieurs angles sont possibles pour évoquer cet ouvrage fondamental. L'angle sociologique tout d'abord puisqu'une fine analyse des différentes couches de la société y est faite. Le fil conducteur est alors l'ascension sociale. Sous l'angle humain et psychologique, ce roman pose les questions de l'amour et de la relation à autrui, ce qui a fait de Stendhal, encore aujourd'hui, un romancier "psychologue." Enfin, l'angle historique car l'auteur dépeint les mécanismes de l'époque de la Restauration.

Le héros, Julien Sorel, est fils d'artisan. Son père voit d'un mauvais oeil les dispositions intellectuelles de son fils qui, soutenu par un abbé, arrivera malgré tout à entrer au séminaire. Il devient précepteur dans la famille "De Rênal". A partir de là, le feu de son ambition et son impatience juvénile vont le consumer progressivement tout le long du roman. D'amours impossibles en ambitions irréalisables, Julien va se heurter à toutes les problématiques sociales de son époque. Intelligent et stratège, il usera avec beaucoup de talents de ses qualités pour tenter de s'élever dans cette société particulière qu'est celle de la Restauration. Le suivre dans ses méandres psychologiques est tout simplement passionnant.

Concernant l'écriture, elle est facile à lire, précise, fluide. L'ouvrage se dévore sans qu'on ne puisse songer qu'il a été écrit au XIXème siècle. La signification du titre a fait couler beaucoup d'encre car Stendhal n'a pas donné la signification aux symboles qu'il a employés derrière les deux couleurs. Pour ma part, j'ai assimilé le rouge aux passions, amoureuses et personnelles, que ce soit pour Julien ou les autres personnages du roman. Quant à la couleur noire, j'y mets une double référence à la fois à l'habit ecclésiastique que porte Julien, mais aussi pour le côté sombre du roman qui pousse le Rouge a tout détruire sur son passage. Le Noir, c'est donc la couleur du deuil dans cette hypothèse.

Ce livre est un incontournable de tous les amoureux de la lecture. Si vous ne l'avez jamais lu, ne faites pas l'impasse dessus. Si vous l'avez déjà lu, peut-être prendriez-vous du plaisir à le relire...

Bonne (re)découverte!

Romain

mardi 1 décembre 2015

"Je m'en vais", Jean Echenoz #chronique

Titre Je m'en vais
Auteur Jean Echenoz
Editeur les éditions de minuit

Avec une curiosité assez malsaine, je me suis intéressé à ce roman. Je voulais connaître le goût du jury du prix "Goncourt" (décerné en 1999 pour ce roman). Mon intérêt était plutôt académique, l'analyse littéraire à portée de main, mes émotions bien rangées au fond de ma sacoche, l'oeil critique comme seule boussole.

Ma première surprise fut d'être happé dans le roman dès le premier paragraphe. Par un jeu subtil d'enchaînement des chapitres, Jean Echenoz sait créer un lien entre les actions de personnages différents sans que l'on s'en aperçoive. Le style littéraire est très fluide, quelques formulations "choc" ponctuent le texte et le rythme agréablement. C'est si bien écrit que l'histoire passe, à mon avis, au second plan, même si elle n'est pas inintéressante. L'écriture est magistrale et rend le livre hypnotique.

L'histoire est assez simple. Un homme d'une cinquantaine d'années quitte sa femme. Il tient une galerie d'art. On le suit dans ses pérégrinations de marchand d'art qui vont le conduire jusqu'en Arctique. Outre le dépaysement assuré, son voyage (motivé par des considérations mercantiles) va nous emmener dans une intrigue policière surprenante jusqu'en Espagne. Il y a de la vie dans cette histoire. Ce livre vit.

Une fois ressorties de ma sacoche, mes émotions m'ont porté tout le reste du roman. L'analyse littéraire veillait et j'y ai découvert quelques techniques littéraires très originales. Je ne peux donc que vous inviter à découvrir ce roman court qui n'a rien de pédant. Au contraire, très accessible, plein d'humour et d'ironie, c'est un moment de bonne humeur garanti.

Romain

mardi 24 novembre 2015

"Vipère au poing", Hervé Bazin #chronique

Titre Vipère au Poing
Auteur Hervé Bazin
Date de la première parution 1948

« La Belle Angerie » ? Un nom splendide pour séraphins déchus, pour mystique à la petite semaine. Disons tout de suite qu’il s’agit d’une déformation flatteuse de la « La Boulangerie »

Le décor est posé.

Jean Rezeau, 10 ans, dit Brasse-Bouillon livre un combat impitoyable contre Folcoche, une femme cruelle, sadique, radine, une mégère, sa mère. « Vipère au poing » est un roman sur la maltraitance et l’enfance difficile. L’histoire commence avec la capture et la mise à mort d’une vipère, comme une prémonition sur ce qui va suivre. Les 3 garçons vont devenir les souffre-douleur de leur mère. Le père, lâche, ne se rebelle qu’une seule fois : « Mais enfin Paule, vous allez nous foutre la paix »

Vipère au poing, c’est l’autobiographie d’Hervé Bazin. D’ailleurs entre le roman et la véritable famille d'Hervé Bazin, les prénoms et noms des personnages sont souvent à peine modifiés. Ce combat de chaque instant va nourrir Jean/Hervé qui jamais ne se pose en victime mais toujours en guerrier. Il déteste qu’on le plaigne. Ce roman connaît un immense succès après-guerre et est suivi de nombreux autres, comme La Mort du petit cheval, puis Cri de la chouette qui décrivent, avec un certain naturalisme et un art du portrait psychologique, les mœurs de son époque.

Le livre est dur, Folcoche détestable, Jean courageux. Je vous dirais bien de ne pas le lire tellement l’histoire est affreuse, mais cette transformation de la haine en énergie positive vaut vraiment la peine d’être lue… quand même.

Natalie

mardi 17 novembre 2015

Eugénie Grandet, Honoré de Balzac #chronique

Titre Eugénie Grandet
Auteur Honoré de Balzac
Date de la première parution 1833

« - Veille à l’or, mets de l’or devant moi. Eugénie lui étendait des louis sur une table, et il demeurait des heures entières les yeux attachés à ses louis. Ça me réchauffe ! disait-il  »

balzac_grandet.jpg Eugénie Grandet occupe une place à part dans La Comédie humaine. Au XIX ème siècle émerge l’idée de « vie privée, » on a d’ailleurs parlé de «tragédie bourgeoise.» Dans ce roman, Eugénie est une héroïne de l’ombre, écrasée par le despotisme du père.

Une histoire tragiquement banale, puisqu’elle mène une existence de quasi-miséreuse, bien que son père soit richissime. Riche, certes, mais d’une avarice redoutable voire passionnelle. Il a pu acquérir, après la révolution, des vignobles, des métairies et a fait quelques « juteux » héritages. Comme « financièrement parlant monsieur Grandet (tient) du tigre et du boa » il a su faire fructifier ses placements. Eugénie devient un très beau partie malgré un physique plutôt quelconque, une peau couleur de coing et quelques séquelles de la petite vérole. Elle tombe amoureuse de son cousin désargenté et orphelin, Charles. Ils se promettent un amour éternel… Il doit partir faire fortune.

Ce roman évoque les mentalités sous la Restauration Française. Il traite de l’éternel sujet du choix de l’amour et de l’argent, d’une jeune fille élevée - bien plus qu’éduquée - dans l’ignorance. Ce roman, comme souvent dans « La Comédie Humaine », nous relate l’évolution des caractères des protagonistes, la candeur d’Eugénie muée par une perte totale de ses illusions, le jeune dandy ravissant transformé en jeune loup.

J’aime assez l’idée de vous rappeler que Georges Sand a 29 ans lors de la publication d’Eugénie Grandet. Elle rencontre Alfred de Musset, cette année-là. Elle, libre et passionnée, Eugénie, dévote et cloîtrée.

Natalie

mardi 13 octobre 2015

"L'étranger" de Camus

N'avez-vous jamais eu la sensation que votre vie, soudain, vous échappe? "L’étranger", c’est l’histoire d’une situation qui passe du côté obscur de l’absurde, l'histoire d'un homme dont la vie nonchalante et sensitive va soudain basculer vers une mort certaine, précipitée et sans fracas.

Le "la" est donné dès la première page. " Ce n'est pas de ma faute" dit Meursault, le héros, à son patron mécontent : sa mère vient de mourir, il doit s'absenter pour l'enterrement.

J’ai beaucoup aimé me replonger dans l’histoire de ce personnage, anti héros par excellence. Fils médiocre, employé moyen, copain douteux, fiancé sans élan. Il tue un homme sans faire exprès, ébloui par le soleil. Mais, Ô surprise, lors du procès, il est jugé par ses pairs, pour ne pas avoir pleuré à l’enterrement de sa mère. Jugé pour délit de sale gueule. Athée et amoral, sûrement apolitique, il apparaît comme un déserteur, un démissionnaire.

"L'étranger" est paru en 1942 en pleine seconde guerre mondiale. C'est dans ce contexte que Camus a publié son premier roman. C'est Le roman de l'absurde, l'idée même du décalage entre l'attente de l'Homme et l'expérience qu'il fait du monde dans lequel il devient "L'étranger."

Ce livre est un classique de la littérature mondiale.

Bonne Lecture ou relecture !

Natalie

mardi 15 septembre 2015

"Thérèse Raquin" d'Emile Zola

Titre: Thérèse Raquin

Auteur: Emile Zola

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N’avez-vous jamais eu cette impression étrange d’être observé(e) ? Qu’après avoir fait quelque chose de mal, une sensation de mal être vous tenaille au plus profond de vous ? Et bien, Emile Zola décrit à merveille ce sentiment de culpabilité dans son œuvre « Thérèse Raquin ».

L’héroïne, si nous pouvons l’appeler ainsi, est une jeune femme que la vie n’a pas gâtée. En effet, après avoir perdu ses parents, elle est accueillie dans la famille de madame Raquin dont le fils, Camille, deviendra son époux. Toute la vie de Thérèse est déjà tracée. Lasse de cette monotonie, elle rencontre un jour Laurent. La passion les anime et ils envisagent de partager le reste de leur existence ensemble. Cependant, il leur est impossible de vivre pleinement leur amour tant que Camille existe. Comment vont-ils s' y prendre? Ensemble, Thérèse et Laurent prennent une décision qui bouleversera à jamais leur vie et leur relation.

Dans ce huit-clos magnifiquement orchestré par Zola, ce dernier décrit l’état psychologique de chaque personnage. Ici, la psychose est bien menée. Plus on avance dans la lecture, plus la sensation de malaise augmente. Souvenez-vous de cette description infâme du Pont-Neuf et puis la manière dont Zola nous emmène dans l’univers de son ouvrage à l'aide de descriptions sordides.

Ici, l’auteur nous entraîne dans une descente aux enfers de la morale humaine. Il suit la théorie de Shopenhauer selon laquelle les Hommes sont uniquement guidés par leurs désirs sans qu’aucune autre force ne puisse exister. L’ambiance étrange qui plane dans cet ouvrage est ce qui m’a le plus marquée. Zola manie l'art de nous mettre mal à l'aise avec l'histoire. Dans la lignée des « Rougon-Macquart », nous sommes face à une réalité crue sans artifice.

Bonne lecture !

Pauline

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