Mot-clé - Louis-Ferdinand Céline

Fil des billets

mardi 26 janvier 2016

"Voyage au bout de la nuit", Louis-Ferdinand Céline #chronique

Titre : Voyage au bout de la nuit
Auteur : Louis-Ferdinand Céline
Date de la première parution : 1932

Considéré au niveau international comme l'un des plus grands écrivains du XXème siècle, si ce n'est le plus grand, Céline a profondément bouleversé l'écriture. Son style littéraire est "vivant", presque parlé, où le vocabulaire s'ouvre à la langue dans sa globalité, n'hésitant pas à utiliser des mots d'argot ou des termes peu châtiés... Au début du XXème siècle, les écrivains étaient pétris de lettres classiques (latin et grec), on songe notamment à Marguerite Yourcenar, sa contemporaine. A la lecture de leurs romans respectifs, comment ne pas mesurer le continent littéraire et d'écriture qui les sépare.

Au-delà de son style caractéristique, Céline est également un écrivain extrêmement engagé contre certaines causes. Dans "Voyage au bout de la nuit", il traduit toute l'horreur qu'il a ressentie durant la première guerre mondiale. Loin de l'exaltation patriotique, il fait l'éloge d'une attitude de détournement du monde et de l'Histoire au profit de l'histoire de la personne. Il veut faire sortir l'individu de la société pour le replacer au centre d'un univers individuel où le collectif et l'intérêt social n'ont plus qu'une place marginale.

"Voyage au bout de la nuit" est donc le récit de cette recherche intérieure de Ferdinand Bardamu qui le conduira sur plusieurs continents, à rebours de ces proches et de la marche imposée du monde. C'est l'histoire d'une "lâcheté" qui s'avoue et d'une philosophie qui s'érige en principe de vie. C'est l'histoire d'une vie, d'une vraie, avec l'un des premiers anti-héros que l'histoire de la littérature nous donne à rencontrer. En fait, l'histoire d'un homme : la littérature fait chair.

- Oh! Vous êtes donc tout à fait lâche, Ferdinand ! Vous êtes répugnant comme un rat...
- Oui, tout à fait lâche, Lola, je refuse la guerre et tout ce qu'il y a dedans... Je ne la déplore pas moi... Je ne me résigne pas moi... Je ne pleurniche pas dessus moi... Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu'elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c'est eux qui ont tort, Lola, et c'est moi qui ai raison, parce que je suis le seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir.

(Voyage au Bout de la Nuit, Céline, extrait)

Bonne lecture!

Romain