Le laboratoire d'écriture : L'atmosphère d'un lieu #MardiConseil

Les personnages d'une histoire évoluent dans un environnement et l'écrivain doit retranscrire l'atmosphère qui en résulte, ainsi qu'en décrire les détails. Etonnament, ce ne sont pas les descriptions les plus précises qui sont les plus efficaces parfois. Une simple suggestion peut agir en profondeur sur l'esprit du lecteur et lui laisser le sentiment de connaître un endroit. Par exemple, la maison où est née Marguerite Yourcenar est décrite toute en surface. On comprend pourtant que c'était une maison simple et traditionnelle dans sa conception.

La maison où se passait cet évènement, puisque toute naissance en est un pour le père et la mère et quelques personnes qui leur tiennent de près, se trouvait située au numéro 193 de l'avenue Louise, et a disparu il y a une quinzaine d'années, dévorée par un building. (Marguerite Yourcenar, Souvenirs pieux)

Le style peut aussi être plus imagé et nous conduire ainsi à une description plus précise. Un bon écrivain sait changer sa manière de décrire les choses en fonction de l'intention qu'il souhaite mettre en oeuvre dans le texte. Toujours dans le même ouvrage, une autre description, d'un tout autre style :

La route est la même que celle du matin, mais la froide et venteuse fin de journée semble avoir changé le paysage. Les arbres, tantôt si beaux sous leur parure d'or, ne sont plus que des mendiants à qui la bise qui souffle maintenant par saccades arrache leurs derniers haillons. L'ombre des nuages assombrit les champs. (Marguerite Yourcenar, Souvenirs pieux)

La description peut être réalisée par le héros plutôt que par un narrateur extérieur. Il n'y a pas de règle. Seule l'intention compte. Le sentiment d'être pris au piège par un personnage est exacerbé par sa vision des lieux.

Il n'y avait pas de porte donnant sur l'extérieur. J'étais enfermé comme une abeille dans un coffre-fort. Par la fenêtre, je ne voyais que d'épais barreaux de fer et le reflet dans les vitres de ma propre silhouette. Un petit escalier raide menait à une soupente où je ne trouvai qu'un vieux lit de fer et quelques malles de bouquins ; c'est tout ce qui restait des paradis artificiels, c'était toute la réalité matérielle de cette fantasmagorie. Là aussi, la lucarne était solidement grillagée. Dehors, il faisait nuit noire. (René Daumal, La grande beuverie)

La description d'un lieu, outre l'atmosphère donnée à une histoire, est un bon moyen d'emmener le lecteur plus loin dans ses rêves. Cela ralentit le rythme de la lecture sans que le récit n'en patisse réellement si on intègre des éléments qui attisent la curiosité du lecteur (qu'on rassasiera plus tard) ou qui répondent à des questions qu'on aura préalablement déposées (discrètement) dans l'esprit du lecteur...

Bonne écriture!

Romain