"Les lettres persanes" - Montesquieu #Chronique

Titre Les lettres persanes
Auteur Montesquieu
Date de la première parution 1721

Beaucoup d'ouvrages "classiques" sont devenus des icônes de la littérature. Certains en raison de leur intemporalité, d'autres en raison de leurs critiques sociales ou politiques d'une certaine époque. "Les lettres persanes" est un ouvrage à part : il réunit ces deux qualités. Néanmoins, pour le lecteur moderne, le curseur s'est déplacé et nos centres d'intérêts ont divergé du lecteur de l'époque. On lit aujourd'hui les lettres persanes, d'abord pour ce style merveilleusement bien écrit, mais également pour ces mœurs qui nous intriguent, de ces êtres du XVIIIème siècle, qu'ils soient français, italiens ou encore perses.

Usbek est un homme de bonne catégorie sociale et part découvrir le monde. Son existence semble dorée : amis, palais, sérail avec de nombreuses épouses, argent... Tout lui sourit et, pourtant, il se lance dans une aventure téméraire pour mieux connaître le monde. On suivra ses pérégrinations à travers ses échanges épistolaires. Les lettres nous informent de la vie du sérail et de l'importance de l'eunuque dans ce microcosme particulier. En soi, pour cette partie de l'ouvrage, il y a une analyse intéressante à la fois de la psychologie des épouses qui écrivent tour à tour, confrontée au point de vue de l'eunuque qui les "garde."

Un autre aspect intéressant, certainement celui qui a fait la notoriété des "lettres persanes" dès le départ, est celui de la découverte de la société occidentale à travers les yeux de Usbek. Son regard oriental lui permet de décrire cet univers avec une innocence "acide" qui rend toutes les descriptions très particulières. Ceci nous montre en miroir notre propre société...

Enfin, et c'est l'apport le plus important de ce livre me semble-t-il, par ce jeu de la "découverte" auquel nous convie Montesquieu, nous apprenons le relativisme culturel. Cet enseignement peut paraître désuet dans notre monde de tolérance. Toutefois, ce livre questionne notre "tolérance" à l'égard de toute culture. N'est-elle pas plutôt une indifférence née de la facilité à laquelle tout nous est accessible par les nombreuses technologies de notre monde moderne ? En fait, la vraie question est celle de l'émerveillement. Ne sommes-nous pas en train de perdre notre capacité à être surpris par une autre culture ? Le métissage des différentes cultures, processus inéluctable de la globalisation de notre univers, n'est-il pas également un anéantissement de notre capacité à penser "l'étranger" ?

Pour toutes ces raisons, je ne peux que vous recommander cet ouvrage qui reste, malgré son âge, un très beau moment de lecture et une belle leçon d'écriture, si ce n'est de philosophie.

Bonne lecture!

Romain