Laboratoire d'écriture

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mardi 12 décembre 2017

Le laboratoire d'écriture : construire un scénario #MardiConseil

Le scénario est un élément qui peut paraître fondamental dans un ouvrage... Et pourtant, résumé en quelques phrases, peu de scénari sont vraiment originaux. Que ce soit une histoire d'amour ou une quête pour sauver le monde, en définitive, qui n'a pas déjà écrit une histoire qui raconte, peu ou prou, la même chose?... Cela peut avoir un côté désespérant et bon nombre de tentative littéraire meurent avant même d'avoir été écrites, faute d'originalité.

Pourtant, raconter une énième histoire d'amour peut permettre d'y découvrir de nouveaux aspects, pour peu qu'on porte un peu d'attention à la manière dont se déroule le scénario. C'est l'histoire d'un homme qui rencontre une femme. Dès le premier regard, ils tombent amoureux. Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants. Une telle histoire n'intéresse personne. Le bonheur, en premier lieu, ne doit pas être offert aux personnages. Il faut laisser ça à la vraie vie... Au contraire, il faut promettre le bonheur aux personnages, mais les empêcher de l'obtenir... Tout au moins dans un premier temps.

C'est l'histoire d'un homme qui rencontre une femme. A ce moment-là, il faut créer une situation de vie qui rend précaire et impossible une rencontre amoureuse. Se rendant à l'enterrement de son grand-père, de l'autre côté de la rue, il la voit qui marche à vive allure. Après avoir éveillé l'attention du lecteur, on peut sortir de la scène... Le personnage repense à des souvenirs de vacances. Un vieil amour, une petite jeune fille à laquelle il n'a jamais osé avouer ses sentiments lui revient en mémoire... Il sort de sa rêverie. Et si c'était elle ? Lorsqu'il reprit ses esprits, elle avait disparu. Il suivait le cortège funéraire, lentement.

Ainsi, les allers et venues dans l'esprit du personnage sont autant de moyens de nous le faire connaître, tout en rythmant l'écriture. En développant bien, on peut même en faire des chapitres complets et cette simple scène peut devenir une histoire à part entière. Dans tous les cas, il est important dans un ouvrage d'avoir une structure de scénario non linéaire. Si le fil du temps s'écoule, et que les évènements se suivent dans l'ordre, sans flash-back, sans prise de conscience, sans hésitation de la part des personnages : l'histoire restera pauvre et peu intéressante.

Ce qui intriguera et captivera un lecteur, c'est le fait que sa curiosité sera titillée. Peu nombreux sont les lecteurs qui ne souhaitent pas être bousculés dans le déroulement de l'histoire. Même si ce que vous avez prévu de raconter est linéraire : désorganisez votre récit au moment de le dérouler. Vos lecteurs n'en seront que plus satisfaits!

Romain

mardi 7 novembre 2017

Le laboratoire d'écriture : un monde structuré et cohérent #MardiConseil

Il est important, dans un récit, que le monde offert aux lecteurs soit cohérent. Le genre détermine cette cohérence mais, en aucun cas, ne permet de limiter cette dernière. En effet, nos esprits sont prompts à modéliser des univers et, bien avant que l'écrivain nous donne les clés de ce dernier, ils en façonnent inconsciemment les contours au fur et à mesure de la lecture.

Ainsi, le genre du récit va déterminer ce que nous sommes prêt à accepter, en qualité de lecteur, dans un univers quelqu'il soit. Si l'action se déroule dans notre univers physique, l'intervention tardive d'un élément fantastique générera une interrogation au lecteur sur son caractère crédible. De même, si vous écrivez à une période historique particulière, il est important de se documenter correctement sur les éléments de vie de ce temps-là. Aviez-vous déjà pris conscience qu'en lisant Balzac vous étiez totalement plongé dans le XIXème siècle ? Les éléments du décor, les objets utilisés, l'importance que ces derniers revêtent pour les personnages, leur mode de transport ou leur nourriture doivent refléter leur monde... A défaut, ce dernier ne sera pas vraisemblable et vous perdrez une bonne partie de vos lecteurs.

La solution qui peut paraître la plus simple est celle d'inventer un nouveau monde. Détrompez-vous! Tout univers a ses propres contraintes physiques, matérielles et technologiques. Au fur et à mesure de la lecture, votre lecteur va reconstituer de manière inconsciente votre monde. Il peut trouver des "failles" dans la logique de ce dernier. Le plus grand écueil est celui où le scénario ne colle pas avec l'univers. Votre personnage, dans un monde de haute technologie, est poursuivi par la police. Il court dans des ruelles et arrivent à semer les policiers qui le poursuivent. De multiples questions surgiront dans l'esprit du lecteur : comment la police peut-elle le perdre de vue alors qu'il y a des caméras de surveillance partout ? Pourquoi les drones n'ont-ils pas participé à la poursuite ? Pourquoi les policiers n'étaient-ils pas équipés d'arme permettant d'intercepter à distance la personne ?... Bref, ce flot de questions doit être anticipé.

Ainsi, placer son récit dans un nouvel univers est le gage d'un travail délicat de construction afin que ce dernier reste cohérent, c'est-à-dire crédible pour le lecteur. Lire des livre de jeux de rôle peut aider à comprendre comment construire un environnement complet. En effet, ces derniers proposent des mondes structurés en en détaillant les règles de fonctionnement à tout niveau (physique, légal, matériel, vie...). Avant d'entamer toute histoire, il apparaît important de se documenter ou de créer cette documentation. Cela représente un travail non négligeable, mais qui peut être source d'inspiration pour les scénari à venir...

Romain

mardi 24 octobre 2017

Le laboratoire d'écriture : L'atmosphère d'un lieu #MardiConseil

Les personnages d'une histoire évoluent dans un environnement et l'écrivain doit retranscrire l'atmosphère qui en résulte, ainsi qu'en décrire les détails. Etonnament, ce ne sont pas les descriptions les plus précises qui sont les plus efficaces parfois. Une simple suggestion peut agir en profondeur sur l'esprit du lecteur et lui laisser le sentiment de connaître un endroit. Par exemple, la maison où est née Marguerite Yourcenar est décrite toute en surface. On comprend pourtant que c'était une maison simple et traditionnelle dans sa conception.

La maison où se passait cet évènement, puisque toute naissance en est un pour le père et la mère et quelques personnes qui leur tiennent de près, se trouvait située au numéro 193 de l'avenue Louise, et a disparu il y a une quinzaine d'années, dévorée par un building. (Marguerite Yourcenar, Souvenirs pieux)

Le style peut aussi être plus imagé et nous conduire ainsi à une description plus précise. Un bon écrivain sait changer sa manière de décrire les choses en fonction de l'intention qu'il souhaite mettre en oeuvre dans le texte. Toujours dans le même ouvrage, une autre description, d'un tout autre style :

La route est la même que celle du matin, mais la froide et venteuse fin de journée semble avoir changé le paysage. Les arbres, tantôt si beaux sous leur parure d'or, ne sont plus que des mendiants à qui la bise qui souffle maintenant par saccades arrache leurs derniers haillons. L'ombre des nuages assombrit les champs. (Marguerite Yourcenar, Souvenirs pieux)

La description peut être réalisée par le héros plutôt que par un narrateur extérieur. Il n'y a pas de règle. Seule l'intention compte. Le sentiment d'être pris au piège par un personnage est exacerbé par sa vision des lieux.

Il n'y avait pas de porte donnant sur l'extérieur. J'étais enfermé comme une abeille dans un coffre-fort. Par la fenêtre, je ne voyais que d'épais barreaux de fer et le reflet dans les vitres de ma propre silhouette. Un petit escalier raide menait à une soupente où je ne trouvai qu'un vieux lit de fer et quelques malles de bouquins ; c'est tout ce qui restait des paradis artificiels, c'était toute la réalité matérielle de cette fantasmagorie. Là aussi, la lucarne était solidement grillagée. Dehors, il faisait nuit noire. (René Daumal, La grande beuverie)

La description d'un lieu, outre l'atmosphère donnée à une histoire, est un bon moyen d'emmener le lecteur plus loin dans ses rêves. Cela ralentit le rythme de la lecture sans que le récit n'en patisse réellement si on intègre des éléments qui attisent la curiosité du lecteur (qu'on rassasiera plus tard) ou qui répondent à des questions qu'on aura préalablement déposées (discrètement) dans l'esprit du lecteur...

Bonne écriture!

Romain

mardi 10 octobre 2017

Le laboratoire d'écriture : travailler son style #MardiConseil

Le style des écrivains est une formule qui revêt bien des significations en fonction de ceux qui emploient cette expression. Il reflète parfois le genre littéraire : comique, fantastique, absurde, sentimental... Il s'agit là d'une confusion. Le style est la manière dont s'exprime un auteur, c'est-à-dire comment il choisit d'exprimer ses idées, à savoir son vocabulaire et la forme de ces phrases. Le style est la signature d'un écrivain. Son écriture porte la marque de sa personnalité. Le plus simple est de comparer, pour illustration, quelques styles très différents. Les auteurs sont ici choisis pour leur style très contrasté et si caractéristique :

"La tête de Raphaël était devenue livide et creuse comme un crâne arraché aux profondeurs d'un cimetière pour servir aux études de quelque savant. Pauline se souvenait de l'exclamation échappée la veille à Valentin, et se dit à elle-même : Oui, il y a des abîmes que l'amour ne peut pas traverser, mais il doit s'y ensevelir. " (Balzac, La peau de chagrin)

Balzac fait souvent de longues phrases, aux constructions parfois complexes. Ce style d'écriture, assez élaborée, se retrouve souvent dans la littérature du XIXème siècle. Le XXème siècle a vu le style être bouleversé par un auteur qui y a introduit des éléments de langage parlé et un vocabulaire moins conventionnel que celui habituellement rencontré dans la littérature. Il s'agit de Céline.

Lui une seule idée, je savais, il était en retard, son retour!... voici!... donc ça y était... je laisse les autres ficeler, consolider l'édifice... ils étaient je vous ai dit bien trente... cinquante... qu'allaient pousser... et je crois au moins cinq kilomètres à travers Hanovre... les autres qui restaient... plein les plates-formes semblaient pas contents... du tout!... que même ils nous insultaient... (Céline, Rigodon)

On peut comparer ce style très parlé de Céline avec celui, très littéraire, de Marguerite Yourcenar, sa contemporaine, où les mots semblent se combiner entre eux de telle manière qu'on a la sensation de voir apparaître la phrase qui attendait d'être révélée au lecteur :

Dès les premiers temps de leur vie en commun, il s'était choqué de l'entendre dire, comme il lui proposait d'essayer encore une spécialité du Café Riche : "Mais pourquoi? Il reste des légumes." Aimant jouir du moment, quel qu'il fût, il vit là une manière de rechigner à un plaisir qui s'offrait, ou peut-être, ce qu'il détestait le plus au monde, une parcimonie inculquée par une éducation petite-bourgeoise. Il se trompait en ne percevant pas chez Fernande des vélléités d'ascétisme. Le fait reste que, même pour les moins gourmets, les moins gourmands ou les moins goinfres, vivre ensemble c'est en partie manger ensemble. Monsieur et Madame de C. n'étaient pas bons partenaires à tables. (Marguerite Yourcenar, Souvenirs pieux)

Comment travailler son style ? En lisant, en lisant beaucoup, uniquement des auteurs français, de styles différents, de toutes les époques. Chacun des écrivains crée une musique particulière dans l'esprit. L'histoire importe parfois peu, ce qui compte, c'est surtout comment on la raconte. A force de côtoyer des styles variés, on apprend à les aimer mieux, à les comprendre. L'école de l'écriture, c'est avant tout la littérature.

Bonne lecture!

Romain


mardi 3 octobre 2017

Le laboratoire d'écriture : description d'un personnage #MardiConseil

Il est important pour un lecteur de se faire une idée précise des personnages. La manière dont le romancier va les décrire est très importante. Les éléments physiques peuvent tout aussi bien traduire des éléments de personnalité du personnage. Il est possible également de choisir une situation qui le montrera tel qu'on le percevra tout au long de l'histoire. Ainsi, dans Madame Bovary, Flaubert choisit de nous décrire Charles Bovary comme étant jeune et déjà gauche... Il est immédiatement ridicule comme nous l'apprend cette première description faite dans le premier chapitre du livre :

Resté dans l’angle, derrière la porte, si bien qu’on l’apercevait à peine, le nouveau était un gars de la campagne, d’une quinzaine d’années environ, et plus haut de taille qu’aucun de nous tous. Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village, l’air raisonnable et fort embarrassé. Quoiqu’il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures et laissait voir, par la fente des parements, des poignets rouges habitués à être nus. Ses jambes, en bas bleus, sortaient d’un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles. Il était chaussé de souliers forts, mal cirés, garnis de clous.

Flaubert, Madame Bovary

On se rend compte que Charles est habillé d'une tenue bigarrée qui le rend ridicule... En plus, il est dans des vêtements visiblement trop petits pour lui, ce qui ajoute à sa singularité compte tenu de sa grande taille par rapport à ses camarades de classe... Sa coiffure, bien propre et bien taillée pour l'occasion, lui donne un air bête... Et c'est ainsi que le lecteur prend conscience que ce Charles Bovary va devoir se battre tout au long du roman pour être à la hauteur.

Dans un autre style, Balzac est réputé pour ses longues descriptions des environnements de vie. Ce n'est pas anodin. Il y a derrière cette attitude littéraire la volonté d'informer le lecteur sur la psychologie des personnages. Ainsi, dans le père Goriot, il décrit la maîtresse de la pension de cette manière :

Bientôt la veuve se montre, attifée de son bonnet de tulle sous lequel pend un tour de faux cheveux mal mis, elle marche en traînassant ses pantoufles grimacées. Sa face vieillotte, grassouillette, du milieu de laquelle sort un nez à bec de perroquet ; ses petites mains potelées, sa personne dodue comme un rat d’église, son corsage trop plein et qui flotte, sont en harmonie avec cette salle où suinte le malheur, où s’est blottie la spéculation, et dont madame Vauquer respire l’air chaudement fétide sans en être écœurée. Sa figure fraîche comme une première gelée d’automne, ses yeux ridés, dont l’expression passe du sourire prescrit aux danseuses à l’amer renfrognement de l’escompteur, enfin toute sa personne explique la pension, comme la pension implique sa personne.

Balzac, Le père Goriot

En quelques lignes, il nous montre à quel point cette femme est sèche d'émotions et de sentiments au plus profond d'elle. Sa corpulence suggère, non pas de l'appétit pour la vie, mais plutôt le profit. Elle profite. Elle est comme une sangsue pour ses pensionnaires. La pension Vauquer, lieu du drame, est un lieu qui ne rayonne pas de vie. Par la description de madame Vauquer, on sait que les pensionnaires sont au purgatoire, ce lieu entre le paradis et l'enfer. Ses yeux ridés traduisent tout son registre d'émotion, passant du sourire hypocrite à la rigueur du créancier qui recompte son argent. La clé nous est donnée directement : toute sa personne explique la pension, comme la pension implique sa personne.

A travers ces deux exemples, vous avez la possibilité de détailler deux visions de la description d'un personnage. D'une part, l'aspect extérieur (Charles Bovary décrit par ses vêtements) donne des indications sur ce que sera le futur du personnage, ainsi que les aspects de sa personnalité avec lesquels il devra se battre. D'autre part, l'aspect physique du corps (madame Vauquer et son petit côté dodue) traduit la manière d'être dans sa vie et une partie de sa personnalité.

Dans tous les cas, vous constatez qu'une bonne description d'un personnage se doit d'être en cohérence avec le reste de son histoire et de son environnement. A défaut, le lecteur ne se laissera pas prendre...

Romain

mardi 26 septembre 2017

Le laboratoire d'écriture : créer un personnage #MardiConseil

Les personnages sont centraux dans la mise en place d'une bonne histoire. Ainsi, leur personnalité peut être la seule justification du livre. On peut penser notamment à Emma Bovary dans "Madame Bovary" de Flaubert ou encore à la plupart des romans de la comédie humaine de Balzac... Néanmoins, pour réaliser ce tour de force de créer un personnage cohérent, il faut le préparer avant de se lancer dans le processus créatif... Si tous ceux qui écrivent ont déjà joué au portrait chinois, peu pensent pourtant à réaliser l'équivalent pour caractériser et rendre originaux les héros de leurs histoires. Voici donc une petite liste de questions destinées à dessiner les contours des habitants de vos futurs écrits...

  • Ses prénom et nom ?
  • Sa description physique ?
  • Sa formation ? Son métier ?
  • Sa biographie ?
  • Son plus grand succès ?
  • Son plus grand échec ?
  • Son premier amour ?
  • Ce qu'il voudrait être ?
  • Le don de la nature qu'il voudrait avoir ?
  • Le principal trait de son caractère ?
  • Son principal défaut ?
  • Son occupation préférée ?
  • Ses passions ?
  • Son objet fétiche ?
  • Sa manière de s'habiller ?
  • Quel serait son plus grand malheur ?
  • La couleur qu'il préfère ?
  • Ce qu'il déteste par-dessus tout ?
  • Comment il va mourir ?
  • État d'esprit actuel ?
  • Sa devise ?
  • Son épitaphe ?

Cette liste n'a rien de définitif. Chacun peut en utiliser une différente. Par ailleurs, il est régulier que les réponses données aux questions soient modifiées dans le courant de l'écriture. En effet, on s'aperçoit parfois que tel trait de caractère n'est pas assez saillant ou que tel caractéristique se révèle au fil des actions. Cette inspiration qui vient pendant la création doit être accompagnée pour ne pas perdre le lecteur. Toutefois, cela nécessite également d'avoir conscience de son intervention : le texte devra être retravaillé plus tard afin que le personnage conserve sa cohérence tout au long de l'histoire. La liste de questions raturées est un bon indice qu'une relecture sera nécessaire... D'où la bonne idée d'écrire les fiches de personnages sur du papier plutôt que dans un ordinateur : elles seront ainsi matériellement accessibles pendant le processus d'écriture et laisseront apparaître les différentes modifications qu'elles auront subies immanquablement.

Il ne reste plus qu'à vous laisser prendre possession de cette liste de question pour créer des personnages plus vrais que nature.

Romain

mardi 12 septembre 2017

Le laboratoire d'écriture : conserver des idées et les faire évoluer #MardiConseil

Trouver une idée intéressante à développer en roman se produit de temps en temps... pour peu qu'on parte à sa recherche. Néanmoins, la retenir et la développer, ce n'est pas toujours chose facile. En effet, lorsque nous sommes occupés à travailler et que l'inspiration vient, impossible d'utiliser cet étincelle qui vient de jaillir! Nous sommes en déplacement et rien pour écrire, nous voici en train de rêvasser à ces différents développements... A refaçonner, refabriquer le scénario et les personnages et puis on arrive à bon port. On retrouve sa vie qu'on avait mise entre parenthèses quelques temps, le temps d'une rêverie, et tout défile à nouveau. Le soir, on s'aperçoit avec dépit que ce magnifique roman est flou dans notre mémoire et qu'il n'en reste que quelques bribes dans le meilleur des cas, voire que tout est oublié!

Pour remédier à ces difficultés, il faut prendre des notes. On ne peut pas se promener toute la journée avec son ordinateur portable sous le bras. Comment faire ? Deux outils très simples sont indispensables : un crayon et un petit carnet. Ainsi, vous pourrez prendre des notes à n'importe quel moment de la journée. Le premier avantage est bien sûr d'avoir une mémoire efficace. Le second, et non des moindres, c'est que les idées, qui vous auront paru extraordinaires au moment où elles auront germé, pourront être réévaluées à l'aune d'un esprit clair. Parfois, vous verrez qu'il faut les abandonner. Le troisième avantage, c'est d'avoir la possibilité de combiner les idées de second rang... Celles qui ne sont pas assez bonnes pour faire un roman mais qui sont suffisamment intéressantes pour faire une scène. Avec un petit carnet à portée de main, vous vous offrez la possibilité d'avoir de l'inspiration quand justement cette dernière vous a abandonné.

Le mythe de l'écrivain qui se met à sa table et qui écrit d'un seul jet un roman a vécu. Aujourd'hui, les prises de notes et les recherches sont les méthodes de travail de ceux qui réussissent. Dans notre monde où tout va vite, seul un petit carnet vous permettra de conserver à bout de crayon les idées qui n'attendront pas que vous soyez à votre table de travail pour venir vous visiter... Par ailleurs, lorsque vous observerez votre environnement, vous pourrez noter une attitude corporelle, une phrase entendue dans la rue ou encore une scène qui vient de se dérouler devant vous. Ces petits éléments vous permettront d'ajouter à votre récit des éléments de réalité.

Soyez constructif et faites du petit carnet votre compagnon inséparable.

Romain

mardi 5 septembre 2017

Le laboratoire d'écriture : l'observation, ou comment touver l'inspiration dans la réalité #MardiConseil

Pour accrocher un lecteur, les personnages doivent une personnalité assez marquée. Il n'est pas toujours simple de fabriquer un héros qui ne soit pas le reflet d'un simple "cliché". Ainsi, l'homme parfait qui rencontre la femme parfaite dans le cadre d'une histoire d'amour parfaite en est le plus parfait exemple... Ce scénario est non seulement inintéressant, mais les personnages le seront d'autant plus qu'ils n'ont aucune rugosité. L'aspect lisse d'un personnage le rendra insipide aux yeux du lecteur. Pour éviter cette situation, il aura un caractère particulier et devra surmonter les difficultés de sa personnalité. Parfois, c'est le caractère en lui-même qui sera le nœud principal de l'histoire. Ainsi, on peut penser à Julien Sorel et son ambition dévorante dans "Le Rouge et le Noir" de Stendhal, ou encore à Emma Bovary et son romantisme exacerbé dans "Madame Bovary" de Flaubert. Il faut donc s'interroger : comment fabriquer un personnage crédible ?

La première qualité à développer, pour toute personne qui se lance dans une démarche d'écriture, est celle de l'observation du monde qui l'entoure. Cette technique n'est d'ailleurs pas spécifique à l'écriture, elle est également utilisée dans le théâtre pour les acteurs, dans le dessin ou la sculpture pour les artistes des arts figuratifs. Bref, tous ceux qui ont vocation à recréer la vie dans l'art... Il s'agit de développer un état d'esprit permanent pour observer les gens qui évoluent autour de nous. Ce peut être des amis ou la famille, ou tout simplement les personnes qui déambulent dans les rues ou qui se rencontrent aux restaurants. Il faut observer leurs attitudes corporelles et essayer de deviner leur état d'esprit, leur caractère... Tant que faire se peut, n'hésitez pas à vous observer vous-même et à essayer de comprendre comment votre propre caractère peut vous jouer des tours ! Ecrire, c'est avant tout tenter de comprendre le monde.

Une fois ce travail d'observation réalisé, la méthode consiste à se donner une liste des choses impossibles à réaliser pour la personne qu'on a observée. Cela permet de mieux dessiner sa personnalité et de vérifier la compréhension qu'on a d'elle. Parfois, lorsqu'on se retrouve dans une impasse de scénario, il suffit de trouver une action impossible à réaliser pour un personnage et de créer une situation dans laquelle il est contraint de la faire. Ce dilemme cornélien est un bon moteur pour débloquer une histoire ou pour ajouter des péripéties intermédiaires. Pour bien comprendre ce mécanisme, il faut donc commencer par observer autour de soi afin de conserver la crédibilité du personnage.

En conclusion, le petit exercice de cette semaine sera de réaliser des petites descriptions de personnes autour de vous en dressant leurs principaux traits de caractères et en essayant d'y associer des situations impossibles à vivre pour elles.

Bonne observation!

Romain

mardi 29 août 2017

Le laboratoire d'écriture : introduction et épitaphe #MardiConseil

Dans le cadre de la réception des manuscrits, de leur étude et du travail que nous effectuons avec les auteurs, nous avons constaté qu'il y avait des petits "trucs" qui peuvent être utilisés pour améliorer le style, la créativité ou encore apprendre à développer le texte ou une idée. Nous avons choisi de vous en faire profiter dans le cadre de cette nouvelle rubrique que nous avons intitulée "le laboratoire d'écriture".

Ce que nous allons présenter sont des méthodes, des manières de travailler générales concernant l'écriture mais, en aucun cas, des "consignes" à suivre à la lettre lorsqu'on entame un travail littéraire. En effet, chacun développe ses propres techniques d'écriture. Néanmoins, la différence entre une personne qui arrive à terminer un roman et une autre peut parfois tenir dans une meilleure façon d'aborder une difficulté rencontrée. Ainsi, ce que vous trouverez dans cette rubrique vous permettra de décoincer une situation de blocage ou d'améliorer la relecture de votre texte. Si vous n'écrivez pas mais que vous êtes un lecteur assidu, vous trouverez ici la chambre noire de la création littéraire.

Nous essaierons d'inclure des petits exercices, des sélections de livres ou des exemples littéraires qui nous paraissent importants pour illustrer notre propos. En aucun cas, cela ne peut prétendre à l'exhaustivité. Par ailleurs, tout le monde n'a pas le même talent pour l'écriture au même titre que personne n'a les mêmes dispositions pour un sport. Il n'y a donc aucune garantie à l'écriture d'un chef d'oeuvre si vous suivez tous nos conseils. Néanmoins, il est certain que votre niveau d'exigence en qualité de lecteur va augmenter et que votre capacité à écrire se développera.

Nous laisserons la plume également, dans cette rubrique, à des auteurs afin qu'ils puissent expliquer leur propre méthode d'écriture. Rien de tel pour montrer la diversité des techniques de travail et caractériser à quel point la création littéraire n'est pas une science exacte.

Ce préalable introductif étant posé, pour ne pas vous laisser sur votre faim, voici un petit exercice d'écriture. Il s'agit de rédiger une épitaphe, c'est-à-dire une inscription destinée à être inscrite sur une pierre tombale. Imaginez que vous deviez en écrire une concernant un héros, un personnage célèbre ou encore un personnage que vous avez inventé. L'idée est de résumer en deux phrases au maximum les caractéristiques principales de la vie ou de la personnalité de cette personne. Evidemment, il peut s'agir d'un poème ou prendre une forme plus libre.

Cet exercice devrait être fait pour tous les personnages imaginaires utilisés dans une histoire. Avoir des difficultés à la rédiger est l'indice que le personnage n'a peut-être pas (ou peu) de consistance, n'a pas été suffisamment pensé ou que vous n'avez pas réussi à en tirer toute la quintessence.

A vous de jouer!

Romain

jeudi 9 avril 2015

Ecriture : Devenir chasseur de mot.

On se demande parfois comment les écrivains et poètes acquièrent un vocabulaire aussi riche et varié. Bien sûr, les rencontres faites au détour d'une page, un volume de recherche important et un ami dictionnaire aident immanquablement. Mais comment faire pour augmenter, à coup sûr, notre propre vocabulaire, le rendre ainsi plus riche et plus précis?

Il faut s'évertuer à devenir un chasseur de mot. Il s'agit en fait de traquer, dans notre entourage permanent, quel que soit le support, les mots qui nous font défaut. L'indispensable compagnon de ce type de chasseur est un petit carnet, glissé dans une poche ou à portée de main, avec un crayon, prêt à capturer le nouveau mot, le mot inconnu, le mot étrange ou le mot rare volé dans une conversation ou un écrit proche de nous.

On note sur le petit carnet le mot (ou l'expression, pas d'exclusivité!) dans son contexte, c'est-à-dire la phrase complète. Une fois rentré dans un lieu de recueillement d'écrivain, à savoir un bureau ou isolé avec son smartphone - chacun a ses préférences - on reprend son carnet et on cherche à connaître le sens de ce mot. On compulsera à loisir le Robert ou le Littré, deux dictionnaires complets, pour y trouver le sens et des exemples d'utilisation. Pour les adeptes des versions électroniques, le site Lexilogos sera parfait.

Une fois comprise la signification, on la note dans le petit carnet. Si on a quelques idées qui nous viennent, que ce soit d'utilisation ou des inspirations pour de futures créations, on les griffonne également. Petit à petit le carnet se remplit... et peu à peu le vocabulaire s'enrichit.

Romain